Crédit lombard : comment emprunter sur son portefeuille financier sans transférer ses actifs
Le crédit lombard permet d'obtenir des liquidités en donnant en garantie un portefeuille financier ou un contrat d'assurance-vie : les placements restent investis et aucune vente n'est nécessaire.
Beaucoup d’épargnants détiennent une part importante de leur patrimoine en placements financiers : assurance-vie, compte-titres, PEA. Lorsqu’un besoin de trésorerie apparaît, le réflexe consiste souvent à racheter ou à vendre. Cette décision a pourtant un coût : fiscalité sur les gains réalisés, sortie des marchés à un moment qui n’a pas été choisi, perte d’antériorité fiscale d’un contrat.
Le crédit lombard propose une autre voie : emprunter en s’appuyant sur ces placements, plutôt que les liquider. Longtemps réservé à la clientèle des banques privées, il reste mal connu, et ses conditions varient fortement d’un établissement à l’autre.
Qu’est-ce qu’un crédit lombard ?
Le crédit lombard est un prêt garanti par le nantissement d'actifs financiers : l'emprunteur reste propriétaire de ses placements, qui servent de garantie au prêteur pendant toute la durée du crédit.
Le prêteur ne finance pas un bien en particulier. Il accorde un montant calculé sur la valeur des actifs donnés en garantie. L’emprunteur utilise librement les fonds : trésorerie, investissement, paiement d’un impôt, financement d’une donation.
Le crédit peut prendre plusieurs formes :
- un prêt in fine, où seuls les intérêts sont payés pendant la durée du crédit et le capital est remboursé à l’échéance ;
- une ligne de crédit, utilisée selon les besoins, où les intérêts ne courent que sur les sommes tirées ;
- plus rarement, un prêt amortissable.
Le taux est le plus souvent variable, indexé sur un taux de référence du marché monétaire auquel s’ajoute une marge. Les durées sont généralement courtes à moyennes et souvent renouvelables.
Comment fonctionne le nantissement des actifs ?
L'emprunteur affecte en garantie un compte-titres, un PEA ou un contrat d'assurance-vie : les actifs restent à son nom et continuent de produire leurs revenus, mais ils ne peuvent plus être retirés sans l'accord du prêteur.
Le nantissement d’un compte-titres est régi par le Code monétaire et financier, celui d’un contrat d’assurance-vie par le Code des assurances. Dans les deux cas, le principe est le même : le prêteur obtient un droit sur la valeur des actifs, qui reste mobilisable si le crédit n’est pas remboursé.
Pendant la durée du prêt :
- dividendes, coupons et intérêts continuent d’être perçus ;
- les arbitrages restent en principe possibles, dans le cadre fixé par la convention de nantissement ;
- les retraits et les rachats sont bloqués, sauf accord du prêteur.
Pour un contrat d’assurance-vie, l’assureur doit être informé du nantissement. Si un bénéficiaire a accepté le bénéfice du contrat, son accord est également nécessaire.
Quelle part de son portefeuille peut-on emprunter ?
Le montant dépend de la nature des actifs : élevé pour les placements peu volatils comme les fonds en euros ou les liquidités, plus faible pour les actions, et très réduit, voire nul, pour les actifs peu liquides.
Le prêteur applique à chaque classe d’actifs un taux d’avance, c’est-à-dire la part de sa valeur qu’il accepte de financer. Les ordres de grandeur couramment pratiqués sont les suivants. Ils varient selon les établissements et la composition précise du portefeuille.
| Nature des actifs | Taux d’avance usuel |
| Liquidités et fonds en euros | Très élevé, proche de la valeur totale |
| Obligations de bonne qualité | Élevé |
| Fonds diversifiés et produits structurés | Intermédiaire |
| Actions cotées | Modéré, autour de la moitié de la valeur ou un peu plus |
| Actifs peu liquides (non coté, fonds alternatifs) | Faible ou nul |
Un portefeuille diversifié permet donc d’emprunter davantage qu’un portefeuille concentré sur quelques lignes. La plupart des établissements fixent en outre un montant minimum, souvent élevé, qui réserve ce financement aux patrimoines financiers significatifs.
Peut-on obtenir un crédit lombard sans transférer ses actifs ?
Oui : certains prêteurs acceptent de prendre la garantie sur les actifs là où ils sont déjà détenus, sans exiger qu'ils soient transférés chez eux ni confiés à leur gestion, ce qui permet de conserver son allocation et son conseiller.
Dans la pratique bancaire, le crédit lombard s’accompagne souvent d’une contrepartie. Le prêteur demande que le portefeuille soit transféré dans ses livres, confié à sa gestion, ou complété par de nouveaux capitaux. Pour l’emprunteur, cela revient à changer d’établissement, parfois d’allocation, et à rompre une relation de conseil construite dans la durée.
Une autre approche consiste à nantir les actifs chez leur teneur de compte ou leur assureur actuel. Une convention organise alors les relations entre le prêteur, l’établissement qui conserve les actifs et l’emprunteur. Concrètement :
- le contrat d’assurance-vie ou le compte-titres reste en place, avec son antériorité ;
- l’allocation définie avec le conseiller en gestion de patrimoine est conservée ;
- le suivi du portefeuille ne change pas d’interlocuteur.
Cette formule est particulièrement adaptée aux épargnants accompagnés par un conseiller indépendant. Le financement vient compléter la stratégie patrimoniale existante, au lieu de la remettre en cause.
Crédit lombard, avance sur assurance-vie ou prêt hypothécaire : quelles différences ?
Les trois solutions permettent d'obtenir des liquidités sans vendre, mais elles diffèrent par la garantie apportée, le montant accessible, la durée et le risque en cas de baisse de valeur de l'actif.
| Critère | Crédit lombard | Avance sur assurance-vie | Prêt hypothécaire |
| Garantie | Nantissement d’actifs financiers | Valeur de rachat du contrat | Hypothèque sur un bien immobilier |
| Qui prête | Établissement de crédit | Assureur du contrat | Établissement de crédit |
| Montant | Selon la nature des actifs ; minimum souvent élevé | Plafonné à une part de la valeur du contrat | Selon la valeur du bien et le projet |
| Durée | Courte à moyenne, souvent renouvelable | Encadrée par l’assureur | Longue possible, amortissable ou in fine |
| Taux | Généralement variable | Fixé par l’assureur, révisable | Fixe ou variable |
| Risque principal | Appel de marge en cas de baisse des marchés | Requalification possible en rachat dans certains cas | Mise en jeu de la garantie en cas de défaut |
Le choix dépend de la composition du patrimoine. Un patrimoine surtout financier se prête au crédit lombard ou à l’avance. Un patrimoine surtout immobilier se prête au prêt hypothécaire. Les deux approches peuvent se combiner.
À quoi peut servir un crédit lombard ?
Le crédit lombard finance tout besoin de liquidités ponctuel ou transitoire sans déclencher de vente, et donc sans imposition des plus-values latentes ni sortie des marchés au mauvais moment
Les usages les plus fréquents sont :
- disposer d’une trésorerie ponctuelle, en attendant la vente d’un bien, la perception d’un héritage ou la cession d’une entreprise ;
- financer une donation aux enfants sans racheter un contrat d’assurance-vie ;
- régler un impôt ou des droits de succession tout en conservant les placements ;
- financer un investissement, notamment immobilier, en conservant le portefeuille financier.
Lorsque le crédit finance un bien immobilier mis en location, les intérêts peuvent, sous conditions, venir en déduction des revenus fonciers. Une analyse fiscale préalable reste indispensable.